Interview Houmed Msaidié : « il y a une inquiétude grandissante par rapport à la facilité de signer un certain nombre d’actes… »

Après les 100 jours de période de grâce accordée au président de la République, Houmed Msaidié, un des principaux leaders de l'opposition, a accordé une interview exclusive à La Gazette / HZK-Presse. Ici, l'ancien ministre du régime Ikililou et ancien candidat RADHI-UPDC à la vice-présidence, livre son appréciation sur le bilan des trois mois du gouvernement Azali, ainsi que son point de vue sur des questions d’actualité.

Question : Le président de la République vient de passer le cap des 100 jours de période de grâce à la tête du pays. Quel jugement portez-vous par rapport aux engagements qu’il avait pris ?

Houmed Msaidié: En réalité, en trois mois, on ne peut pas faire de miracle. Mais chaque nouveau régime prend des engagements prometteurs pour faire jaillir des perspectives de changement par rapport au passé. Dans ce cas précis, on attend encore. Seulement, il y a deux nouvelles mesures qu’il faut reconnaitre, ne concernant pas l’ancien régime : la baisse des prix du carburant et l’interdiction des délégations à l’aéroport pour accueillir le président. Cette dernière est très importante pourvu que la mesure soit sérieuse. Il était dommage de voir des directeurs ou des personnalités occupant de hautes fonctions, abandonner leurs postes pour la procession à l’aéroport. Ce sont les deux réalisations qui m’ont épaté. Le reste, peut-être qu’il cherche encore à le réaliser mais je sais qu’en cent jours, on ne peut pas faire de miracle.

Question : Le 10 septembre dernier, le président de la République a célébré et institué pour la première fois la journée nationale de la vanille. Il a promis de ne pas lésiner sur les moyens pour la survie de la filière. Pensez-vous que cette spécificité au détriment des autres secteurs en vaut la peine ?

H.M.: Il est important d’instituer des journées thématiques dans certains secteurs de développement socio-économique. Une bonne idée. Mais on doit bien réfléchir. Je trouve qu’on est allé un peu vite. Les résultats risquent de ne pas être ceux escomptés. Dans notre pays, nous avons au moins trois produits  que nous exportons : la vanille, le girofle et l’ylang-ylang. Aujourd’hui, c’est surtout l’ylang-ylang qui a un prix. Le girofle aussi est rentable. La vanille n’est pas en reste de bénéfice mais n’a pas aujourd’hui sa valeur d’antan. Même l’année dernière, le président de la république avait payé +1Milliard de toutes les dettes sur la vanille. Les deux autres secteurs sont en avance.Donc j’aurais compris si on avait crée une « journée pour les produits de rente ». Mais pas uniquement pour la vanille. Deuxièmement, j’aurais davantage applaudi si la politique engagée pour valoriser les secteurs de vanille et de girofle était perceptible. Il doit y avoir des mesures concrètes pour les soutenir non seulement sur la culture mais également sur la vente. Il faut avouer qu’on n’est pas les seuls sur le marché de la vanille. Il y a Madagascar, Ouganda, Zanzibar, Indonésie… Il faut qu’on sache comment faire pour ne pas se faire engloutir.

Question : Et pour ce qui est de la création d’un office national de la vanille ?

H.M.: Le cas de l’office national de la vanille est,à mon sens, une mauvaise idée. On ne doit pas gérer administrativement les activités qui relèvent du commerce. Il y a la chambre de commerce, la chambre d’agriculture… Je pense que si l’Etat a les moyens de soutenir le secteur de la culture de rente (pas uniquement la vanille, je précise), une de ces structures précitées aurait suffit pour assurer la gestion au lieu de créer une autre structure administrative budgétivore, et dont je doute très fortement de son efficacité. L’intention était bonne mais elle n’a pas été bien discutée pour voir les tenants et les aboutissants, c’était comme si le président était sous pression. Quand on parle des produits agricoles, je préconise ici le marché ethnique en exportant nos produits locaux notamment en France où nous comptons plus de 300 000 Comoriens. Il devrait y avoir une politique nationale pour soutenir l’agriculture comorien à décoller.

Question : Justement, lors de la journée nationale de la vanille, le président de la République a déclaré que la situation dans laquelle il se trouve « s’avère l’une des plus mystérieuses » et « à tous les niveaux ». Comment interpréteriez-vous cela en tant que membre de l’ancien gouvernement ?

H.M.: Vous aurez certainement l’occasion de lui demander ce qu’il voulait dire par là. Mais je sais que si on veut régner, on doit d’abord connaitre les moindres faits et gestes du régime en place. Il avait ses pions partout qui lui donnaient des renseignements. Tout comme chaque candidat. D’ailleurs comme nous avons un petit pays, toutes les bêtises se répandent comme une trainée de poudre. On n’attendait pas du président qu'il déclare qu’il y a des mystères sans donner plus de détails. Mais il aura certainement l’occasion de s'expliquer. Je continue de penser que si on continue à s’atteler aux jugements populistes, le pays n’avancera pas. Il y a eu beaucoup de réalisations avec l’ancien régime, que ça soit au niveau de l’administration publique ou des entreprises, il y a eu beaucoup de progrès. Le vice-président de l’économie est dans un nouveau bâtiment, il y a eu des routes réfectionnées, l’adduction d’eau à Hamahamet…Le président doit évoquer les "mystères" mais il doit aussi évoquer les réalisations faites parce que tout n’a pas été négatif.

Question : Et ces milliers de jeunes licenciés et dont la plupart…

H.M.: Que les choses soient claires! Ils sont licenciés non pas parce qu’ils n’avaient pas le profil, mais plutôt parce qu’ils ont été recrutés pour des raisons électorales. Mais qui est recruté pour des raisons autres que politiques ?! Même le président de la république est voté par politique. Maintenant que les choses soient claires : a-t-on adopté le système américain ? Chaque nouveau régime règne avec seulement ses sympathisants et ceux qui n’ont pas voté pour eux sont écartés. Si on veut faire comme ça, qu’on nous le dise. Il est normal qu’ils se posent des questions sur les moyens budgétaires pour évaluer s’il on devrait licencier ou pas. Si oui, il doit forcement y avoir des mesures d’accompagnement. C’est ainsi que font le FMI et la Banque Mondiale. Les mesures ont été brutales et violentes. Ils devraient revoir la décision. L’objectif d’un Pouvoir, c’est la stabilité. Et cette question a crée une instabilité dans le pays. Alors qu’aucun de nous ne milite pour l’instabilité. On veut la stabilité, gage du développement. Moi, j’estime que tous ces jeunes licenciés doivent être rappelés. Aujourd’hui, le pays a pris un nouveau tournant surtout en matière de télécommunication, un domaine qui fait la richesse des autres pays. Nous avons Comores Telecom, Comores Câbles, Anrtic… C’est une piste à explorer. Il faut intégrer ces jeunes dans ces sociétés. Ces jeunes sont des Comoriens. La plupart ont voté pour eux. On ne peut pas croire qu’il s’agisse d’un problème de budget alors qu’immédiatement s’en est suivie la hausse des salaires de certains. Ca ressemble à un règlement de compte. Et ce n’est pas beau.

Question : Quelle est votre position et quelle a été votre réaction suite aux décrets controversés du président de la République ?

H.M.: Personne ne peut accuser le président Azali de ne pas être démocrate. Il l’est. La preuve en est, le déroulement des élections de 2002 et de 2006. Mais il y a quand même une inquiétude grandissante par rapport à la facilité de signer un certain nombre d’actes sans une analyse approfondie des textes. Personne n’est empêché de modifier ces textes s’il trouve qu’ils ne sont pas adaptés à certaines choses, mais les appliquer est une obligation, plus particulièrement pour le président de la République. Continuer à piétiner les lois votées par l’assemblée, il est temps qu’on renonce à ces pratiques d’un autre âge. Il doit y avoir un service juridique à la présidence.

Question : Le régime précédent, auquel vous participiez, a rompu les relations diplomatiques du pays avec l’Iran. Le nouveau régime a quant à lui fermé quasiment toutes les institutions de la République islamique d'Iran en Union des Comores. Qu'en pensez-vous?

H.M.: Certes, nous avons rompu les relations diplomatiques avec l’Iran mais si ce nouveau régime décide de rompre les relations culturelles avec l'Iran, ils ont le devoir de trouver la substitution de ces institutions pour mieux répondre aux besoins sanitaires et éducatifs de la population.

Question : Quel bilan faites-vous des dernières élections ?

H.M.: Je crois qu’il faut une réflexion approfondie sur la Ceni et la Cour Constitutionnelle. Ni le vainqueur ni le vaincu, personne n’est satisfait. Aucun candidat ne croit que tout va bien se dérouler dans le respect des textes ni au niveau de la Ceni ni au niveau de la CC. Je sais que ces derniers temps, il y a des ateliers organisés par les partenaires mais je crois que le travail n’est pas encore fait. Il y a une réflexion approfondie à faire de façon à ce que chaque citoyen qui se présentera à des élections soit confiant.Exemple à la CC, à chaque fois ils trouvent une raison pour ne pas examiner telle ou telle demande. Ce qui fait qu’aucun candidat n’a confiance. Il y a beaucoup de facteurs qui ne permettent pas au candidat d’être à l’aise. Certains pensent même que les membres sont manipulés au mépris des vrais résultats. Je pense qu’on doit mener la réflexion en profondeur, voir les voies et les moyens qui permettront aux candidats d’être satisfaits du processus électoral dans son ensemble, sous peine de devenir comme certains pays Africains où le jour des proclamations des résultats est un jour d’affrontement.

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