Faut-il promouvoir le «Système financier islamique» en Union des Comores?

Par Soilihi Mohamed, doctorant en droit des Affaires, 
Université d’Antananarivo-Ankatso

Le Système finance islamique, ou Sfi, recèle d’énormes potentiels qui intéressent, depuis le choc pétrolier des années 1970, les banques classiques occidentales alors que l’histoire enseigne qu’il était considéré comme éphémère et laissé à quelques institutions des pays arabo-musulmans, notamment du Golfe. Depuis, il est devenu un marché en pleine expansion. Les vertus de solidité et d’équité du Sfi ont été plus encore dynamisées pendant la crise financière de 2008.

Les actifs de la finance islamique connaissent une évolution fulgurante depuis quelques années et la tendance va croissant et, à l’heure actuelle, se confirme. Ils ont connus une croissance moyenne de 10% ces dernières années et attisent la convoitise de pays occidentaux plongés dans un contexte de crise socio-économique draconienne conduisant, par effet d’entrainement, à l’austérité financière et budgétaire. Ils constituent, en effet, une bouffée d’oxygène.

Pendant ce temps, les Comores, un pays culturellement musulman et qui est toujours à la recherche d’une politique et d’une stratégie de développement, se trouve à la traine de ce mouvement et les banques qui y sont établies n’offrent aucun produit similaire.

Dépourvu de tout caractère idéologique et religieux, cet article se veut être un survol pédagogique du Sfi pour interpeller les décideurs politiques. Il vise à présenter les principes de base et les fondements de la finance islamique d’une part et, d’autre part, les apports escomptés en termes de valeur ajoutée sur l’économie comorienne et les conditions de vie de la population.

Principes et instruments

Le Sfi est une boite à outils où prend source la doctrine de l’économie islamique qui défend son propre système de valeurs à la fois positivistes, universelles et spirituelles. En plus de se conformer aux exigences normatives de la réglementation en vigueur, le Sfi, à travers les institutions financières islamiques comme la Banque islamique (Bi), tient à ce que les transactions commerciales ou bancaires répondent aux exigences et aux règles de la loi musulmane, la Sharia.

Il offre ainsi, entre autres, un mécanisme financier destiné à répondre aux besoins bancaires du musulman et à assurer la conformité des transactions commerciales, notamment en matière de crédit, à la Sharia, et ce dans le respect des règles islamiques, cet ensemble de valeurs prônant la nécessité d’éviter ce qui est interdit tout en cherchant l’équilibre entre l’intérêt privé et l’intérêt public et en gardant à l’esprit les valeurs d’éthique, d’équité, de transparence, de sincérité, etc. Il a aussi pour but de stimuler le développement économique et le progrès social des populations locales.

Il prend sa base sur plusieurs principes et instruments qui se veulent équitables, favorisant l’investissement et l’entreprise, le développement socioéconomique et le partage des risques, et encourageant l’initiative tant privée que publique, jouant ainsi un rôle incontournable dans la bonne santé socio-économique.

Ses principaux principes sont l’interdiction de la pratique de l’intérêt sur les prêts (Riba = intérêt usuraire), l’interdiction de l’incertitude dans les échanges ou du risque excessif (Gharar = spéculation, et le Maysir = incertitude ou hasard), l’interdiction du profit certain (obligation de supporter les risques d’investissement) ; l’interdiction de vendre ce que l’on ne possède pas, l’interdiction des échanges différés de valeurs étalon, l’exigence d’investir dans les secteurs licites (Halal), l’obligation de partage des profits et des pertes, le bénéfice d’office de délai de grâce (adaptabilité du remboursement) et, enfin, le principe de l’adossement des investissements à des actifs tangibles de l’économie réelle (la matérialité des échanges ou la nécessité d’un actif sous-jacent).

Divers services

Le Sfi offre, à travers la Banque islamique, divers services tels que des services de gestion, de technicité, d’investissements, d’assistance, etc.) à ses clients afin de les soutenir dans leur entreprise. Il accorde, notamment, des crédits destinés à l’investissement de nature commerciale et réalise des opérations de participation.

Les opérations d’investissements et de financements riches, notamment, en diversité offerts par le Système financier islamique comprennent la muarabaha («Prise de profit» = «financement commercial avec marge bénéficiaire»), l’Ijara wa iqtina (opérations de leasing ou crédit-bail), l’istisna’a (financement par l’établissement islamique de crédits d’infrastructures, de constructions), la bai’mumajjal (contrat murabaha mais avec paiement différé à un terme prédéfini) et le bai’salam ou bai’salaf (paiement en avance de marchandises ultérieurement livrées).

If you notice an error, highlight the text you want and press Ctrl + Enter to report it to the editor
Auteur
(0 rate)
Exposition
(0 rate)
Actualité
(0 rate)
I recommend
Il n y a pas encore de recommandations

Commentaires

Comments are designed to communicate and discuss the features of an enterprise or event, as well as to find out the interesting questions on it.

Politique
La France a appelé aujourd'hui «l'ensemble des acteurs politiques» comoriens à la «plus grande retenue» et au «dialogue», après les violences liées à la réélection contestée du président Azali Assoumani. Paris «invite les autorités comoriennes, ainsi que l'ensemble des autres acteurs politiques, à faire preuve de la plus grande retenue et à régler leur différend par un dialogue inclusif», a déclaré la porte-parole du ministère français des Affaires étrangè...
Société
Le 30e sommet arabe ordinaire s’est déroulé à Tunis alors que la région traverse un contexte difficile avec notamment des crises qui secouent de nombreux pays comme le Yémen, la Syrie et la Libye pour ne citer qu’eux. Les peuples arabes s’attendaient au moins à une réaction digne de ce nom après la récente décision du président américain Donald Trump de reconnaître la souveraineté de l’Etat sioniste sur le Golan syrien occupé. Cependant, les dirigeants ara...
Société
Les Comores sont toujours dans l’attente des résultats définitifs de la présidentielle du 24 mars. C’est la Cour suprême qui doit les proclamer. Après un scrutin contesté, le président Azali avait été déclaré vainqueur avec 60 % des voix par la Commission électorale. L’attente se vit dans un climat tendu depuis les violences, le jour du scrutin, et l’attaque du camp militaire de Kandani qui a fait trois morts. Par RFI
Politique
"Ces derniers jours, les Comores ont été le théâtre de graves tensions politiques et des actes de violence occasionnant des pertes en vies humaines. Ils font suite aux élections tenues le 24 et marquées, selon la déclaration conjointe des missions internationales d’observation électorale, par des irrégularités importantes mettant en doute la transparence et crédibilité du scrutin.   Face à cette situation, il importe que les autorités comoriennes ainsi que...
Politique
Le gouvernement comorien, représenté par le ministre de l’Intérieur, porte-parole du gouvernement, Mohamed Daoudou, le directeur de cabinet du président de la République chargé de la Défense, Youssoufa Mohamed Ali, et le secrétaire d’État chargé de la Coopération internationale, Djoumoi Saïd Abdallah, a rencontré tous les ambassadeurs, consuls et représentants des organismes internationaux accrédités à Moroni, en début de la journée du vendredi 29 mars der...
Société
Près de 2000 comoriens manifestent en ce moment Porte d'Aix à Marseille pour protester contre la réélection du colonel Azali à la tête du pays. Une réélection entachée d'irrégularités.   Le Collectif des Comoriens de l'extérieur a appelé l'ensemble de la communauté à manifester pour dire non à "la dictature du colonel Azali aux Comores". A Marseille ou réside la plus importante communauté de comoriens de France, ils sont 2000 actuellement rassemblés porte...
Politique
TUNIS, 31 mars 2019 (TAP)- Mohamed El-Amine Souef, ministre comorien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale a déclaré, dimanche, à Tunis, que la région arabe vit une conjoncture délicate qui nécessite une intervention urgente de la part des dirigeants arabes pour faire face aux menaces à la sécurité et pour réaliser les aspirations des peuples à la prospérité.   Il a appelé les leaders arabes, dans son discours prononcé à l'occasion a...
Société
La majorité cherche à faire monter la pression autour du CNT. Le directeur de campagne du président Azali a lancé, ce samedi 30 mars, de graves accusations contre l’organisation d’opposition. Selon Houmed Msaidie, le mouvement serait coupable de complot afin de renverser le pouvoir, notamment pour avoir synchronisé, jeudi, l’évasion du commandant Faissoal Abdou Salam, l’attaque du camp militaire de Kandani ainsi que l’intrusion d’individus à l’ambassade de...
Société
Des comoriens de la diaspora manifestent à MarseilleHabarizacomores Cliquez ici pour voir la vidéo https://www.facebook.com/COMORES24.France/videos/975406149328188/